Effrayant la Vengeance des Uhlans Le calvaire de la population des témoignages locaux

 

ANLOY , le 22 août 1914 de E Catimus

11 est 3h30, ce matin du 22 août 1914; le XVIII° corps d'Armée quitte son bivouac de Muno et se met en marche, plein Nord, vers les objectifs précisés la veille, à 23hOO, au Général Poline : Bertrix, Ochamps, Jéhonville.

Trente bons kilomètres séparent le XVIII° C.A. de ces villages: c'est beaucoup, surtout si, au terme de cette marche, il faut livrer bataille.

Le Général Poline divise alors son Corps d'Armée en quatre éléments :

la 34° Division d'Infanterie progressera en deux colonnes distinctes: la colonne de gauche, composée des 59° et 88° Régiments d'Infanterie et de 4 groupes du 23° Régiment d'Artillerie de Campagne, et la colonne du centre composée des 14° et 83° Régiments d'Infanterie, d'un groupe du 23° Régiment d'Artillerie de Campagne et de deux groupes du 57° Régiment d'Artillerie de Campagne, la 33° Division d'Infanterie se divisera aussi en une colonne de droite, composée des 20° et 11° Régiments d'Infanterie et du 18° Régiment d'Artillerie de Campagne, et une dernière colonne, composée du reste de la Division, progressant en flanc-garde droit du Corps d'Armée.

Il est midi lorsque les trois premières colonnes, éclairées par le 9° Chasseur à Cheval, atteignent le plateau de Bertrix.

Les Colonels des Régiments de tête, voyant leurs hommes épuisés par cette longue marche sous un soleil de plomb, réclament une halte. Le Général Poline refuse et précise de nouveaux objectifs:

la colonne de gauche atteindra Anloy par la route de Sart et le bois Piret,

la colonne du centre atteindra Anloy par la route de Jéhonville et

la colonne de droite atteindra Ochamps par la forêt de Luchy.

La marche reprend, mais le terrain est très boise, très accidenté, et les colonnes ne sont reliées ni entre elles ni aux Corps voisins: le Xl° qui marche sur Maissin et le XII° qui devrai couvrir a droite.

Les hommes fatigués, n'ayant pas eu l'occasion de se restaurer depuis le matin, progressent dans l'inconnu, persuadés qu'ils vont bientôt arriver aux cantonnements.

En réalité, la bataille est imminente!

La colonne de gauche.

Le 59°RI est en tête. Il traverse Sart sans encombre et entre dans le bois Piret. La 10°Cie du 3°Bataillon sort du bois vers Anloy et est « accueillie » par les premiers coups de feu. Le bataillon se déploie aussitôt et cherche à progresser. Chose étrange, l'ennemi reste invisible.

Bientôt les schrapnelles s'ajoutent au tir des fantassins et des mitrailleuses allemandes, et le bataillon reste cloué à la lisière du bois, subissant de lourdes pertes.

Le 1° Bataillon vient à droite, le 2° à gauche, et le Colonel Dardier, commandant le 59° Ri, se porte en avant. Il est aussitôt décapité par un obus.

Ces deux bataillons vont manœuvrer pendant deux heures, sans succès.

Dans un dernier sursaut, les survivants des 3 bataillons se jettent en avant, mais en moins d'un quart d'heure, l'élan est brise par le feu dense des mitrailleuses et de l'artillerie ennemie.

Et toujours pas un coup de canon français !

Il est 17h. Le 3° Bataillon du 88° RI est engagé a son tour, avec l'appui de trois sections de mitrailleuses. Cette fois, les Allemands reculent, mais à nouveau, un violent tir d'artillerie brise l'attaque française.

Et toujours pas un coup de canon français !

Que font donc les deux groupes du 23°Regiment d'Artillerie de Campagne?

Ils essaient en vain de trouver des positions favorables en arrière du bois Piret, mais celui-ci

forme écran, et, de crainte de tirer sur leurs propres troupes, les canons restent muets.

Vers 17h., le Général de Division Alby, ordonne à un groupe du 23° RAC de se mettre en batterie, coûte que coûte, au Nord du bois, mais le mouvement, à peine ébauche, est arrête par l'ordre de repli émanant du Général Poline, commandant le Corps d'Armée.

Le 59°RL après trois heures de combat, a perdu son colonel, ses 2 commandants de Bataillon et environ 1.600 hommes, soit plus de la moitié de son effectif.

La colonne du centre.

En tête de colonne marche le 1° Bataillon du 14"RI

Il s'avance vers Anloy, après avoir traversé Jéhonville. Sortant de la zone boisée, il franchit la cote 433 et découvre le village où s'active l'ennemi. La compagnie de tête ouvre le feu. Surprenant les Allemands, qui s'abritent à la lisière du village.

Le 2° Bataillon renforce rapidement le 1°, mais la réponse allemande est énergique. Des sections de mitrailleuses prennent de flanc les lignes françaises tandis que l'artillerie ouvre !e feu.

Le 14° RI souffre cruellement de cette concentration de feu et doit se retirer vers le bois, abandonnant la cote 433 à l'ennemi.

Vers 16h., le 83° RI entre en scène avec ses 1° et 2° Bataillons. Un premier assaut est brise. Un second échoue aussi.

A 17h., une ultime tentative ramené les français sur 433, mais l'artillerie les repousse une fois encore.

Les survivants des 14° et 83° RT s'accrochent cependant aux pentes, en avant du bois. C'est là que  vers 18h., ils reçoivent l'ordre de repli.

Pendant ce temps, l'artillerie française n'a tiré que quelques coups de canon :

Le 1° groupe du 57° RAC et le 2° groupe du 23° RAC ont certes tire- malgré la cote 433 qui leur barrait la vue- mais ne se rendant pas compte de leur efficacité, ont rapidement cessé le feu.

            Quant au 2° groupe du 57° RAC, il a pris position à l'est de Jéhonville pour appuyer le 83° RI, mais ses feux ont été détournés, sur ordre, au profit de la 33° Division, en difficulté dans la forêt de Luchy.

Le 14° RI a perdu 13 officiers et 525 hommes.

Le 83° RI, qui n'a livré combat que 2 heures, a perdu 15 officiers et plus de 600 hommes.

 Bénéficiant d'un terrain favorable et d'un appui-feu efficace, un régiment allemand, le 116° RI, a donc tenu tête à 8 bataillons alignés successivement par 4 régiments français.

Cependant, dans la soirée, le commandement allemand a si peu le sentiment d'avoir vaincu, qu'il fait replier le 116° RI de l'autre côté de la Lesse. Ce régiment a perdu plus d'un millier d'hommes

La bataille se solde donc par un statuquo : ni les Allemands ni les Français n'en ont tiré avantage.

Le soir pourtant, les Français, présumant du repli des Allemands, sont tentés d'approcher du village, mais, le voyant en feu et touchés par l'ordre de repli, ils n'y pénètrent pas.

Qu'y auraient-ils trouvé ? Que s'y était-il passé ?

Anloy, 13h30 : l’avant-garde française s'infiltre dans le village et prend à partie les quelques soldats allemands qui s'y trouvent et qui se replient aussitôt sur « La Rochette ».

Ne voyant pas arriver le gros des troupes, elle se replie à son tour, laissant place aux troupes allemandes.

Commencent alors la chasse à l'homme, le pillage et l'incendie des maisons. Dans leur rage destructrice, les soldats allemands oublient la consigne de « tuer seulement les hommes » et s'en prennent aux femmes, aux enfants et aux vieillards.

Rien ne résiste a la barbarie de la troupe : le bourgmestre est abattu devant chez lui tandis que Dom Gillet est assassiné, en lieu et place du curé, momentanément absent du village.

A « La Rochette » se déroule un drame similaire : la famille Benoît, qui abrite des voisins, voit son habitation incendiée et assiste au massacre de la plupart d'entre eux.

(Lire en annexe le récit d'Alvis Benoît).

Au Burnaimont, une centaine de personnes sont regroupées pour être fusillées, mais un des rares obus envoyés par les Français tombe a proximité, faisant fuir les meurtriers et permettant la fuite des habitants.

Le lendemain, 23 août, dès l'aube, la folie meurtrière reprend : 17 personnes sont fusillées au «Petit-Wez» tandis que deux jeunes venant d'Ochamps sont abattus sur la route de Sart à Maissin.

Le 24 août, les Allemands annoncent aux villageois que le reste du village va être mis à feu et à sang-ce qui provoque la fuite des plus courageux dans les bois voisins- mais cette menace ne sera pas mise à exécution.

Anloy, qui comptait moins de 500 habitants, pleure 49 victimes civiles; d'autres mourront plus tard des séquelles de ces exactions.

Sur les cent maisons du village, 32 ont été détruites avant même que ne commencent les combats, et les bombardements en abîmeront 20 de plus.

Le 26 août, les habitants récupérés dans les bois, par les troupes allemandes, seront réquisitionnes pour enterrer les victimes civiles dans deux grandes fosses creusées derrière le choeur de l'église, dans le petit cimetière. Quant aux victimes militaires des deux armées, elles seront ensevelies sur place, dans des fosses communes.

En 1917, ces morts seront transférés dans deux grands cimetières : le cimetière de la Voie de Jéhonville et celui de la Voie de Sait.

Pour des raisons diverses, un nouveau regroupement aura lieu fin des années 1950 ; ainsi disparaîtra le cimetière de la Voie de Jéhonville.

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Récit De Lambert Edmond

 

ANLOY le 28 Mars 1978.

En 1914, ANLOY comptait 480 habitants.
GUERRE : 4 AOUT 1914 / 1918.

Ce que j'ai vu de mes yeux ! le 22 Août 1914, vers 2 heures de l'après-midi; il y avait 6 ou 7 boches devant la maison GODFRAIN,  qui avaient vu rentrer des hommes chez Nestor MAILLARD, que j’ai vu et aussitôt ils ont mis le feu à la maison MAILLARD (Séraphine) et au fur et à mesure que les habitants sortaient, ils tiraient dessus. Certains ont été tués, d'autres se sont laissés tomber d'un oeil de boeuf dans le jardin et ceux-là ont été sauvés; d'autres sont entrés chez ma grand 'mère en face, et aussitôt, les boches y ont mis le feu et de nouveau, au fur et à mesure que les habitants sortaient, ils tiraient.

Mon oncle Joseph, 40 ans,  a été tué; mon oncle Léon ( le père de Michel) avec sa fille Joséphine et son fils Ghislain ( 4 et 2 ans ) sont parvenus à sauter dehors entre deux coups de feu, et se sont cachés derrière la maison en feu dans de grandes orties et à environ 3 où 4 mètres, gisait mort Nestor MAILLARD avec ses deux petits enfants (Maria 4 ans et Antoine 2 ans), qui étaient assis sur leur père et qu'un boche est venu chercher, donc à 4 mètres de mon Oncle Léon, (les orties avait du bon ce jour-là).

Voyant tout cela de notre fenêtre, (ma mère Veuve Lambert-Poncelet, moi Edmond 16 ans et ma soeur Lénie 14 ans), nous nous sommes dits, l'on va nous en faire autant, alors je suis allé dans l'arrière de la maison, faire un trou dans le mur pour pouvoir sortir par derrière (aussi dans les orties) et en faisant le trou, j’ai vu que toute la rue Lavaux était aussi en feu. Le trou n'a servi à rien, contrairement à ce que nous avions vu, au lieu de nous empêcher de sortir, ils nous ont faits sortir avant de mettre le feu à notre maison. Nous pensions, que nous aussi, allions tomber sous les balles mais il n'en fût rien.

Devant l'église, un homme gisait tué sur la première marche, c'était l'oncle Joseph, que nous n'avions même pas reconnu. Nous sommes entrés un moment dans l'église puis nous sommes sortis et en arrivant sur la place, un homme était tombé ; en nous entendant passer, il releva un peu la tête et nous dit " Allez vous cacher chez Eugène GILLET puis nous rappelle et nous dit, venez me chercher ; alors, nous l'avons pris entre nous trois (ma mère, ma soeur 14 ans et moi 16 ans ) et nous l'avons transporté chez E.GILLET. (Dans le rapport, il est dit que nous l'avons signalé) oui, il était blessé mortellement, puis nous sommes descendus dans la cave GILLET et nous y sommes restés 3 nuits et 3 jours.

LAMBERT Edmond, né le 24-4-1898,
fils de Madame Vve LAMBERT_PONCELET
qui figure dans le rapport, sur la bataille de Maissin et Anloy.

Journal de guerre 14-18 de Léonie Gillet

Extrait de memoire82.fr

……..

 

21 Août 1914.

Les troupes allemandes arrivent en foule à Glaireuse, à Wachamps et dans toute cette région. Avant que ne tombe le soir, les cultivateurs travaillant de ce côté-là s'empressent de rentrer car le coin se remplit de soldats.

22 Août 1914.

Vers huit heures du matin passent de très nombreux cyclistes qui, on l'a su par après, vont se poster au Batti-du-Foi .

Vers onze heures, je vais au jardin de la propriété de mon frère Camille et j'en reviens bien vite très effrayée en entendant la fusillade du côté de la Voie-du-Sart, de Maissin et de Jéhonville. J'en fais part à mon frère qui est lui aussi fort impressionné  Après la messe du matin il avait voulu faire une course du côté de Maissin et avait demandé à deux hommes de l'accompagner pour lui prêter leurs oreilles, avait-il dit ; c'était Joseph Gérouville et Zéphirin Ponsard ; arrivés sur la hauteur et continuant vers le bas, ils durent bien vite rebrousser chemin tant les balles sifflaient à leurs oreilles, venant de toutes les directions ; l'engagement avait commencé à Maissin qui devait brûler quelques heures plus tard.

Et nous en arrivons maintenant à cette terrible et inoubliable après-midi du samedi 22 août.

 Quelque chose de grave se prépare, on le sent très bien ; vers 13h30, des troupes arrivent en masse de la Vaux et du Burnaumont; elles affluent aussi de la ruelle voisine de notre maison avec canons, mitrailleuses, camions et chevaux; tout cela passe devant chez nous dans un fracas qui fait trembler les murs; et en même temps, une bande de chevaux montés ou désarçonnés venant de la Voie-du-Sart reflue devant la maison. Les troupes défilent et beaucoup les regardent derrière les fenêtres, en particulier mon frère debout à la fenêtre du haut : nous voyons bien tous les regards des soldats tournés vers lui.

Nous nous réfugions dans la chambre derrière, nous cachant dans l'encoignure des fenêtres car c'est maintenant le fracas des coups de feu venant de toutes les directions ; mon frère descend pour nous rejoindre mais il n'a pas le temps de s'unir à notre récitation du chapelet que l'on entre à nouveau. "Mon oncle, on vient encore vous chercher" dit Louise. Il se présente à deux soldats qui le précèdent puis l'encadrent, traverse la route et dit à une voisine, Florence : "On vient me chercher pour soigner des blessés et des mourants"; il paraît calme et heureux. Ce sont des détails que j'ai appris par après de la bouche de cette voisine ; elle l'a suivi des yeux depuis sa fenêtre , marchant entre les deux soldats qui se tenaient à une certaine distance de lui ; puis elle l'a vu s'écrouler vis à vis de la porte d'entrée des Maillard , touché par une balle tirée par un soldat qui le guettait à quelques dizaines de mètres devant lui .

Pendant ce temps, nous avions continué la récitation du chapelet et bien que la pensée ne me soit pas venue un instant qu'on était venu le chercher pour le tuer, entendant tout à coup ces coups de feu qui se répètent devant notre maison, je dis à Louise machinalement : "Ah mon Dieu, voilà déjà qu'on le tue". Ce n'était hélas que trop vrai !

Au même moment , des soldats viennent ordonner à mon gendre d'aller ouvrir les portes de la maison de campagne de mon frère Camille ; il s'y rend et revient très vite à travers les balles qui sifflent à ses oreilles ; en passant , il voit qu'on est en train de placer des mitrailleuses et un canon devant la grange de la maison d'en face .

 Louise et moi sommes plus mortes que vives. Un soldat entre ; je sors de la chambre; "Madame, vite dans le souterrain, je viendrai vous avertir s'il y a du danger". Nous descendons dans la cave avec la petite sans rien prendre, ni provisions ni vêtement. A peine y sommes- nous de quelques minutes que le soldat nous amène Odile, Julie et Joseph Barras qui viennent de voir leur père tomber mortellement blessé, sur la place, à quelques pas d'ici. Ils disent à Louise que le Révérend Père est aussi tué : ils sont passés à côté de lui étendu au milieu du chemin. Louise ne me dit rien de cette tragique nouvelle. "Notre dernière heure est arrivée" s'écrient-ils ! Nous prions de tout notre coeur, nous préparant à la mort quand nous arrivent encore Joseph Dauby, sa femme et leur nièce avec ses cinq enfants ; ils ont été poussés par un soldat devant la porte de la cave après avoir dû quitter en hâte leur maison qui commençait à brûler. Plus tard sont encore arrivés, Ernestine Poncelet et son mari ; celui-ci a été retenu prisonnier près de chez Joseph Barras ; il a ensuite retrouvé sa femme et tous deux ont été conduits chez nous par un soldat ; c'est encore un soldat qui nous amène enfin la veuve d'Auguste Ponsard avec les deux enfants de Nestor Maillard ; ce dernier, nous dit-elle, vient d'être tué entre ses deux enfants au moment où il quittait sa maison en feu ; un soldat allemand lui a jeté dans les bras les deux orphelins tout éperdus et les a poussés jusque chez nous ; elle ajoute que viennent aussi d'être tués en se sauvant par les jardins, Jules Barras et Omer Poncelet .

Tout cela dans le fracas des balles qui sifflent sans interruption, du bruit des canons et de la fusillade qu'on entend au loin ! Quel tapage et quelle horreur durant tout cet après-midi du 22 août ! 

Ensemble dans la cave, nous prions tous les Saints du Paradis de venir à notre secours. Mon gendre Camille, lui, est à la cuisine faisant du feu, mettant de l'eau à chauffer, ouvrant fenêtres et portes suivant les ordres qui lui sont brutalement donnés ; mais dans quel état d'esprit car il voit l'incendie se propager de maison en maison dans toute la rue et s'approcher jusque chez Tolet et Godenir ! A un moment donné, la maison tout entière tremble, les fenêtres de devant volent en éclats : une bombe venant de la direction de Jéhonville est entrée par le grenier et a traversé et brisé tout sur son passage ; la chambre au dessus de la cuisine et le grenier sont fracassés, les poutrelles coupées ; la bombe est ensuite descendue à la cuisine pour y éclater : quel bruit, quel fracas ! Nous pensons à tout moment entendre la maison s'écrouler !

 Vers le soir, la fusillade semble se calmer ; on entend soudain le retour des troupes qui viennent briser portes et fenêtres au presbytère, vider la cave, transporter partout des bouteilles,  rentrer chez nous en masse, piller le magasin, vider les armoires de toutes les places, monter à l'étage, redescendre et fouiller partout. Nous sommes toujours à la cave avec de la lumière et Camille se trouve seul en haut avec des soldats partout ! Plus tard , vers une heure du matin ,il doit quitter la maison et partir à Glaireuse pour indiquer le chemin à un groupe de soldats .Quatre fois pendant cette nuit , des groupes de deux soldats descendent dans la cave, revolver au poing : chaque fois je vais au devant d'eux, lumière en main , en leur disant que nous ne sommes que des femmes, des vieillards et des enfants ; ils inspectent les lieux puis remontent en plaignant les enfants !

Je l'ai déjà dit, nous étions descendus à la cave sans aucune provision, sans un bout de pain ni un morceau de sucre et tous à moitié habillés ; nous découvrons heureusement des oeufs mis en conserve dans un bain de chaux et chacun peut de la sorte se restaurer quelque peu.

23 Août 1914.

Quel dimanche ! On en tremble encore, on hésite à sortir de la cave ;

"Je crains fort que mon frère nous ait quitté pour toujours" dis-je à Louise qui me laisse encore l'espoir de le revoir. Profitant de l’accalmie, je me rends dès le matin chez Jules Barras pour me renseigner sur son sort car j'espérais encore qu'il se soit réfugié chez eux ; on me laisse croire qu'on l'a vu la veille au soir.

La rue est remplie de soldats qui vont et viennent ; le corps d'un soldat allemand mort est là, étendu sur les genêts. Je demande à un soldat de m'accompagner pour conduire auprès de leur père grièvement blessé hier après-midi les trois enfants de Joseph Barras  ; celui-ci a été recueilli chez Jules Gillet et a passé la nuit dans de grandes souffrances : il mourra dans l'après-midi assisté à ses derniers moments par l'Abbé de Glaireuse qui, avec deux civils, a passé la nuit prisonnier sur la Hoigne puis s'en est retourné chez lui.

 A ce moment, on me laisse entrevoir la vérité et je rentre effondrée à la maison toujours assiégée par des soldats qui continuent à piller le magasin, qui cherchent dans toute la maison et emportent tout ce qui leur convient : pain, œufs, beurre, linge. Nous ne pouvons rien faire que de préparer du café pour tous ces gens qui ont passé la nuit avec nous dans la cave. On va traire les vaches dans l'écurie et l'on vit de ce lait jusqu'au soir ; impossible de quitter la maison et de circuler dans la rue pour aller aux nouvelles des miens sur le sort desquels je suis mortellement inquiète. Quand, dans l'après-midi, Louise Golinvaux vient me demander de passer à nouveau la nuit dans notre cave, ce à quoi j'acquiesce bien volontiers, je lui demande de prier sa mère d'aller se renseigner chez mes enfants Maurice et Anna, juste en face de sa maison, en vue de savoir ce qu'ils sont devenus ; elle revient peu après et me rassure mais , je l'ai su plus tard, c'était par simple pitié car de chez elle, sa mère avait entendu la veille le saccage de leur maison, des portes, du mobilier, de la vaisselle et en fait, elle ne savait rien de ce qui leur était advenu.

Heureusement, peu après, ma fille Anna vient nous embrasser et nous annoncer que toute la famille est saine et sauve ; ils se sont réfugiés depuis le matin chez les Soeurs où elle a été occupée à faire des gaufres avec de la farine qu'Antoine et Charles sont allés chercher chez eux par les jardins de derrière ; sa famille tout entière, de nombreuses personnes et les Soeurs sont ainsi rassemblées et ont pu se restaurer quelque peu.

La veille, Maurice et sa famille, voyant l'incendie et la violence se rapprocher de leur maison sont tous descendus se cacher dans la cave ; ils y étaient à peine que des forcenés sont entrés dans la maison et ont tout brisé dans un fracas épouvantable, portes, meubles, vaisselle ; ils sont montés à l'étage, hurlant et cherchant "der Mann" comme ils disaient mais ils ne sont heureusement pas descendus dans la cave où toute la famille se trouvait complètement terrorisée n'osant faire aucun mouvement et ayant grand peine à empêcher la petite Cécile, seize mois à peine, de faire du bruit, sans compter Jean, trois ans et demi et René, six ans .

Aussitôt après leur départ, craignant l'incendie, ils se sont sauvés par les jardins et ont rejoint les Sœurs cachées, elles, derrière une haie qu'elles n'ont pas quittée de la nuit. Ne se sentant plus en sécurité à cause des balles qui sifflaient à leurs oreilles ,il s'en sont alors allés tous les dix vers la Croux pour s'écarter du village en feu , se cachant et rampant sur le sol ; vers le soir , tout à coup , une sentinelle les arrête ; Maurice se lève et se présente en pensant bien recevoir le premier coup ; il n'a pas d'arme , dit-il ; il est avec sa femme et ses huit enfants ; il supplie qu'on leur laisse la vie ; on lui fait vider ses poches , on le fouille , puis on renvoie toute la famille vers le village ; ils ont achevé cette nuit d'horreur dans des tas de gerbes de blé et dès l'aube sont rentrés par le jardin des Soeurs que celles-ci n'avaient pas quitté et où d'autres personnes étaient venues les rejoindre ; quand enfin , le matin , on est venu appeler les Soeurs pour la Croix-Rouge .

Camille, lui aussi était sans nouvelles de sa famille; le soir de ce dimanche 23 août, il demande à un gradé de désigner un soldat pour l'accompagner jusque chez lui; il ramène sa mère, désespérée, qui s'est retrouvée seule derrière sa maison après que son mari et ses fils se soient enfuis, terrorisés par les coups de feu tirés jusque dans leur corridor; elle s'est alors cachée dans un fossé, couchée dans les orties pendant toute l'après-midi et la nuit suivante; profitant de la nuit, elle s'est ensuite glissée dans le jardin du voisin et a pu pénétrer dans sa maison par une fenêtre donnant vers l'arrière. Elle était restée sans nouvelles de sa famille jusqu'à ce dimanche matin où elle a su que son mari avait été tué.

Elle nous apporte d'autres épouvantables nouvelles : dès cinq heures du matin, tout un groupe a été fusillé après avoir passé la nuit, ligotés cinq par cinq, constamment gardés par des soldats. On a appris tout cela de la bouche du malheureux Emile Gérard qui faisait partie du groupe : tous ensemble, ils avaient prié ; il était le seul à avoir survécu et avait longtemps fait le mort; puis il s'était enfui de ce lieu appelé le Petit Wez, rampant jusqu'aux jardins ; il s'était alors caché dans un aqueduc rempli d'eau et avait pu atteindre par l'arrière la maison de son beau-frère ; il avait crié pour appeler et on l'avait hissé bien difficilement par une fenêtre, grièvement blessé à la poitrine ; c'est là-bas qu'il retrouvait sa femme et ses enfants mais qu'il mourait dans la nuit .

Elle nous apprend encore que le Bourgmestre Louis Gillet a également été tué à quelques pas de sa maison : tout au début de l'arrivée des troupes au village, des soldats sont arrivés chez lui et l'ont accusé de cacher des français ; ils l'ont alors ligoté, fait partir devant eux puis assassiné !

La liste des civils assassinés :

Dom Bernard Gillet, de l’abbaye de Maredsous, 62 ans – Gillet Louis, bourgmestre, 49 ans –Barras Jules 63 ans – Barras Joseph 65 ans – Brand Cyprien 21 ans – Brolet Albert 29 ans– Denis Léon 36 ans et son épouse Mélanie Yernaux 30 an –Falmagne Alexandre 44 ans – Fourny Zéphirin 36 ans – Gérard Emile 57 ans – Godenir Léon 61 ans – Godfrain Evelyne 15 mois – Guissard Philomène 74 ans – Godfrain Victor et ses deux fils Albert et Camille, 60, 25 et 19 ans – Gérouville Joseph 52 ans – Jacquet Gustave 60 ans – Javaux Auguste, Jules et Victor, 28, 23 et 18 ans – Kobs (Benoit) Edmond, 20 ans –  Labbé Eugène 20 ans – Labbé Joseph 53 ans  – Lenoir Jules 44 ans – Mahin Maria 41 ans – Maillard Nestor 37 ans – Maillen Hubert 64 ans – Mazay Marie, Pauline et Léontine, 32, 26 et 22 ans – Martin Léon, Adelin et Joseph, 29, 20 et 17 ans – Martin Joseph 55 ans – Nicolay Zéphirin 53 ans – Noiret Joseph  45 ans - Poncelet Octave 14 ans – Philippe Eugène et sa fille Maria, 53 et 12 ans – Ponsard Jules et Zéphirin, 71 et 51 ans – Poncelet Omer 15 ans –Poncelet Joseph 40 ans – Rob Ferdinand et son fils Joseph, 69 et 25 ans – Robert Louis 39 ans – et Yernaux Jean-Baptiste 69 ans.                 Parmi eux , 3 sœurs Mazay, 22 à 32 ans, le couple Denis-Hiernaux, 30 et 36 ans, le père et le fils Rob, 69 et 25 ans, le père et la fille Philippe, 53 et 12 ans, la petite Eveline Godfrain, 15 mois lardée de coups de baïonnettes dans les bras de son père qui a été ensuite abattu.

Au récit de tous ces malheurs, nous avons pleuré toutes les larmes de notre corps ! Quelle désolation ! La mère de Camille, outre la perte de son mari se désole aussi du sort de son fils qui a été fait prisonnier le dimanche soir et rendu à la liberté le lundi matin pour aider aux enterrements de toutes ces victimes; c'est lui en particulier qui, dès le dimanche soir et jusqu'au lundi matin est allé rechercher le corps de mon frère, celui du bourgmestre Louis Gillet et de Joseph Barras pour les transporter auprès des fusillés du Petit Wez ; ils ont ensuite été réquisitionnés à cinq pour procéder aux inhumations au cimetière .

Plus tard, nous apprenons encore l'un des épisodes dramatiques de cet après-midi du samedi 22 août ; tous les habitants du Burnaumont ont été soudain rassemblés, obligés par la soldatesque de quitter leurs demeures, hommes, femmes et enfants, ces derniers même dans leur berceau ou leur voiture ; tous furent ensuite traqués vers le haut de la rue près de chez Zéphirin Nicolay ; ils furent eux aussi ligotés cinq par cinq, le dos tourné à la rue, s'attendant à être mitraillés d'un moment à l'autre ; un officier allemand les surveillait en vociférant et en les injuriant quand soudain un obus français vint éclater tout près de là ; cela provoqua la fuite éperdue des allemands et la libération des malheureux prisonniers qui se sauvèrent sans demander leur reste .

…..

 


1914 jour de terreur et de deuils

C’était le soir du 21 août 1914.

Nous savions que les allemands  n’étaient pas loin mais nous ne nous attendions pas à les voir si tôt, confiants que nous étions dans les forces militaires de la France et de la Belgique.

Ils sont là : fouillant la ferme, ses chambres, ses meubles, pour trouver des armes et peut être des soldats français qui auraient pu se cacher dans les hangars, car hier encore il en était passé au village. Il y avait même eut une petite escarmouche avec les bôches.

Après la fouille, quoiqu’ils furent assez rudes avec nous, il ne s’est rien passé de grave, le lendemain ils emmenèrent mon père pour les conduire au village. N’ayant rien trouvé d’anormal, ils le laissèrent revenir.

Les gens d’Anloy se moquaient de lui, ils ne pensaient pas que ce jour du 22 août, 49 des leurs seraient massacrés.

Vers 1 heure de l’après midi quelques coups de feu éclatèrent alors que nous nous apprêtions à aller faucher les avoines. Des voisins accourent alors que les bôches avaient déjà mis le feu à leur maison.

La bataille commençait, les Uhlants furieux venaient se mettre à l’abri des balles françaises dans la cour de ferme.

Papa, Maman et le vieux français se refugièrent dans une cave à demi voutée sous la cuisine.

L’oncle Hubert Mulien, le cousin Kobs Edmont, le vieux Prob, la voisine et sa petite fille qu’elle tenait dans les bras, mon frère Paul et moi étions dans la grange, nous demandant comment sortir de là car les allemands nous en empêcheraient. Les chevaux barraient le passage. Je pensai qu’il y avait une autre ouverture sous le fenil. Je courus pour aller voir mais un bôche était là avec son fusil prêt à tirer sur celui qui voudrait passer, c’est celui-là sans doute qui mit le feu au fenil. Je revins en vitesse près des autres et leur dit il est temps de se sauver, donnes-moi ta fille dis-je à Mélanie et suis moi en passant sous les chevaux.

L’oncle Hubert ne fit que quelques pas dans la cour et il fut abattu. Paul mon frère réussi mieux, mais arrivé dans le pré derrière la scierie il reçut une balle dans le bras et l’épaule qu’elle traversée, il était quand même sauvé. Mélanie ne voulant pas abandonner sa fille, je leur dit à tous, je vais essayer de passer si vous voulez me suivre, je passe sous les chevaux.

J’ai été tellement vite (mon cousin seul me suivait) que les allemands n’ont pas eu le temps de tirer. J’ai été me cacher dans le chemin le nez en l’air derrière la roche qui me cachait un peu, mon cousin lui s’assit. Je lui dis de se coucher comme moi, il n’a pas voulu m’écouter, au même instant un soldat ennemi s’approcha et lui tira une balle dans le coup. C’est un miracle qu’il ne m’ait pas vu ou qu’il me cru déjà mort. Le sang jaillissait du cou d’Edmond, quelques instants plus tard il était mort.

Vers le soir ayant bien regardé autour de moi je me suis glissé dans un buisson au-dessus du canal. J’y restais la nuit grelotant de froid, je n’avais qu’une blouse en coton.

Pendant toute la journée la bataille avait fait rage au village, vers Ochamps et vers Maissin, je voyais les allemands reculer vers Glaireuse, on entendait des hurlements sauvages, des appels de blessés restant sur le champ de bataille. Vers le soir les coups de canon s’emblaient s’éloigner, ces criminels auraient-ils gagnés ?

Qu’elle nuit j’ai passée dans ce buisson. Je voyais la maison et les écuries qui brulaient toujours.

J’étais dans l’angoisse à la pensée que mes parents étaient peut être brulé dans la cave.

Le matin au lever du jour, j’eus enfin la grande joie de voir mon père sortir des décombres fumant de la maison.

Je courus à lui et je vis que les vêtements étaient endommagés par le feu, mais que dire quand j’ai vu que ses pauvres jambes portait de larges brulures. Nous n’avions pas eu le temps de partir car nous venions d’apercevoir des ennemis. Je voulus entrainer mon père pour nous cacher mais lui, découragé de voir toutes ses années de labeur détruites ne voulu rien entendre. Je résolu donc de rester avec lui.

Les bourreaux s’approchèrent en nous ordonnant de marcher vers Glaireuse.

Après quelques centaine de mètres, mon père fatigué et souffrant de ses brulures s’assit au bord du chemin, l’officier furieux voulant l’obliger à se lever, il ne bougea pas, l’officier cri : Raous  ou je te tue, et bien fais le dit mon père Non de Dieu ……………. A ma prière il se leva car j’avais peur moi qu’on tua mon père.

Arrivés à Glaireuse près des autres prisonniers on nous fit mettre à genoux nous menaçant de nous fusiller. Mon père resta debout malgré les menaces, il voulait mourir debout, finalement les bôches nous obligèrent à conduire les blessés français à Libramont. Nous faisions l’office des chevaux, ceux du village étant réquisitionnés par leur armée.

Mon père fut libéré

Nous voilà donc partis vers Libramont, les blessés avaient pitié de nous mais n’étaient pas mieux que nous. Nous étions sans force n’ayant pas mangé ni bu depuis la veille à midi. J’avais 17 ans depuis le 21, à cet âge on a toujours faim.

Le voyage a duré plusieurs heures car les charrettes étaient lourdes à tirer.

Enfin nous arrivons à Libramont, nous avons du passer sur le gazon et toujours sans manger. Le matin du 24 nous trouva tous engourdis de froids et de fatigue. C’est alors que nous avons vu avec quelle cruauté ils faisaient souffrir de pauvres innocents, pour se venger sans doute de ce que notre Roi avait refusés le libre passage sur notre pays. J’ai vu un jeune homme Alfred Martin à Ochamps cruellement battu sans motifs, aussi 2 vieux, une femme et un homme qu’ils tiraient par les jambes au bas d’un monticule. Leurs cris ne les touchaient pas. Et bien d’autres choses.

Enfin on nous apporte du pain qu’un allemand casse par morceau pour le partager. Moi j’aurais le crouton mais l’allemand racla sa gorge et cracha sur mon pain. J’eus la pensée de le jeter, mais j’avais tellement faim que j’enlevai le morceau sale et le jeta à terre. Il voulu me le faire ramasser, mais je refusai, de rage il me donna des coups de baïonnette dans le dos, heureusement je n’ai rien eut de brisé.

Enfin on nous remit en liberté et nous avons pu revenir, j’ai appris alors tout ce qui s’était passé, ma pauvre maman était chez Marraine à Libin. Voyant que mon père ne revenait pas, elle était sorti aussi de la cave et ne voyant personne se décida à aller chez sa fille. La malheureuse souffrait d’affreuses brulures, sa robe était en lambeaux, elle se munit d’un bâton, de l’autre main elle tenait les morceaux de sa jupe, dans sa poche un morceau de pain.

Arrivée à la gare de Villanée, un casque à pointe y était de planton, il lui arrache son bâton et lui pris son morceau de pain.

Ils peuvent bien porter ces bôches sur leur ceinture « Gott mit uns » (heureusement que Dieu n’est pas avec eux)

Dans la cave qui heureusement n’était pas pavée d’où s’étaient réfugiés papa, maman, le viel Yvernaux et Cyprien. Il n’y avait qu’une partie qui était voutée. Il y avait une lucarne, la maison étant en feu les flammes venant par les escaliers passaient au-dessus d’eux pour partir par la lucarne. Dans la cuisine il y avait des pleins d’eaux qui en bouillant tombait gouttes à gouttes à travers la voute brulante sur les ……………. du feu. Ne pouvant plus respirer, papa dits, faisons un trou dans la terre avec les mains, ils le firent et purent respirer un peu plus frais, mais le vieux français qui était ……. Ne pu résister, il mourut étouffé par la fumée.

C’est un miracle que mes parents en soit sortis vivants malgré leurs graves brulures dont ils souffraient. Ils souffraient aussi moralement car ils ne savaient pas où étaient leurs enfants.

En arrivant à Libain, maman a attrapé une pneumonie, à peine guérie, elle voulu revenir parmis nous qui étions installés aux « petelles ». Nous n’avions plus que quelques bêtes, les autres étaient restées dans les flammes. Maman voulu reprendre son travail trop vite, elle retomba malade d’une pleurésie, elle n’en guérira pas, elle nous quitte le 7 mai 1917, mon père la suivit 2 ans plus tard à la même date.

Mon frère Paul qui erra plusieurs jours dans les bois avec les femmes …………… ne fut soigné ……. Mais heureusement sa blessure ne s’envenima pas.

Arthur lui fut prit comme otage, à la bataille il devait marcher devant les bôches. Le bouton de sa casquette fut enlevé par une balle, traversant le bois vers Maissin, il entendit les français crier « A mort », ils couraient baïonnette au canon. Les bôches effrayés oubliant Arthur, celui-ci se laissa glisser dans un trou couvert de ronces, il était momentanément sauvé, de là il vit un allemand et un français se transpercer mutuellement et tomber à genoux ensemble.

Malheureusement les français durent reculer devant le nombre croissant des ennemis, moins courageux qu’eux.

Se trouvant en dehors de la bataille, Arthur, réussi à se sauver dans les avoines, après plusieurs jours, il était arrivé à la gare. Des amis l’ayant reconnu, ils l’appelaient mais il a cru que c’était encore des officiers, se sauva à nouveau.

La jeune femme Mélanie Yernaux fut fusillée contre la porte de l’écurie pendant, pendant des mois on pouvait voir l’étoffe resté enfoncée et les trous fait par les balles qui l’avaient tué. Sa petite fille était tombé à ses côtés dans la boue, elle n’avait pas été touchée par les balles.

Le lendemain un cavalier allemand vit l’enfant en passant, l’attrapa par les pieds et c’est ainsi que nous l’avons vu arriver à Glacieuse où il là déposa dans une maison.

Ont été tués à la …………….

Oncle Hubert Mallien 64 ans

Le cousin Benoit

Edmond Kobs 20 ans

Cyprien Braud 21 ans

Léon Denis 36 ans et son épouse

Mélanie Yernaux 30 ans

Fredinand Kobs               69 ans

Jules Yernaux mort asphyxié

 

Récit fait par Alain Benoit

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